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E.M. Mouhoud, président de l’Université PSL : « Faire de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche une priorité nationale »

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Il est temps de faire de la jeunesse, de l’éducation et de la recherche une priorité nationale !

Le mouvement lycéen et étudiant qui traverse actuellement notre pays doit nous interpeller. Derrière les mobilisations s’expriment des inquiétudes profondes sur les conditions d’études, les inégalités sociales et territoriales et, plus largement, sur l’avenir que notre société réserve à sa jeunesse.

Ces inquiétudes sont légitimes. Et elles reposent sur une réalité que nous dénonçons depuis trop longtemps : le sous-investissement chronique de la France dans l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche.
 
Les travaux récents d’Élise Huillery, professeure à l’ENS-PSL, et de Romane Paris, chercheuse en politiques publiques à Dauphine-PSL, documentent ce décrochage : des classes plus chargées que chez nos voisins européens, des enseignants insuffisamment rémunérés, des inégalités scolaires persistantes. Ce sous-investissement commence dès l’école et se prolonge dans l’enseignement supérieur. Depuis plusieurs années, avec de nombreux responsables d’établissements nous alertons sur cette fragilisation.

Avec Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, et mes collègues présidents d’université d’Udice, nous avons rappelé dans Le Monde qu’une université forte n’est pas un coût mais un investissement vital pour la souveraineté française. Je l’ai également défendu récemment dans Les Échos et sur BFM Business.
 
L’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche doivent devenir une priorité stratégique nationale, au même titre que la défense. Car il n’y a pas de souveraineté militaire, industrielle, technologique ou sanitaire durable sans chercheurs, enseignants, ingénieurs, scientifiques et citoyens formés.
 
Dans cette période de tensions, notre responsabilité est aussi de maintenir les conditions du dialogue au sein de nos établissements, d’entendre les préoccupations exprimées et de rechercher, avec l’ensemble de la communauté universitaire, les réponses qui relèvent de notre responsabilité. Cette exigence de dialogue doit aller de pair avec la garantie de la continuité des formations et le respect des libertés de chacun.

Comprendre les inquiétudes exprimées suppose aussi de garantir à chacune et chacun la possibilité d’étudier, de s’exprimer et de débattre dans de bonnes conditions.
 
Les blocages prolongés des lycées et des universités ne peuvent constituer une réponse au sous-financement. Ils pénalisent d’abord les étudiants les plus vulnérables socialement, ceux qui disposent de moins de ressources pour compenser les cours perdus, les examens perturbés ou les ruptures de formation. C’est particulièrement vrai dans nos formations exigeantes et sélectives, où chaque enseignement compte et où l’égalité des chances exige la continuité pédagogique.
 
Je condamne sans ambiguïté toutes les violences, intimidations et les dégradations, quelles qu’en soient les auteurs. La liberté de manifester doit être respectée, comme doivent l’être la liberté d’étudier, le dialogue démocratique et la continuité du service public.
 
L’université doit rester l’un des lieux principaux où la jeunesse peut se former, débattre et construire son avenir.
 
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, je rejoins l’appel de France Universités : la jeunesse, l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche doivent être au cœur du débat public et des engagements budgétaires de long terme.

Un pays qui sous-investit dans sa jeunesse compromet son avenir. Un pays qui affaiblit ses universités affaiblit sa souveraineté.
 
Il est temps de changer de priorité.
 

El Mouhoub Mouhoud
Président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL)