Formation

"Une école de mode doit sensibiliser ses élèves à l'impact environnemental"

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Rencontre avec Yiqing Yin, marraine de la deuxième promotion de l’EnaMoMa by PSL, autour des enjeux de la formation d’une nouvelle génération d’acteurs capables d’accompagner l’évolution du secteur de la mode.

portrait de yiqing yin marraine promotion enamoma psl 2019

Yiqing Yin lors de sa rencontre avec les étudiants de l’EnaMoMa le 18 janvier 2019 © photo : Béryl Libault de la Chevasnerie / EnsAD

PSL : Vous êtes diplômée de l’EnSAD, vous avez collaboré avec des maisons et marques prestigieuses et vous avez parallèlement crée la Maison Yiqing Yin, c’est un parcours inspirant. Quels ont été selon vous les moments clés ?


J’ai soudainement réalisé que le vêtement pouvait avoir une fonction, qu’il était témoin d’une sensibilité

Yqing Yin : Des moments d’inspirations ! Lors de ma première année à l’EnsAD, je n’avais pas encore une idée précise du monde de la mode, et j’imaginais volontiers qu’il était principalement fait de strass et paillettes, mais j’ai obtenu une place pour le vernissage de l’exposition « Juste des vêtements » de Yohji Yamamoto au Musée de la mode et du textile Paris. Assister à cette exposition et avoir le privilège d’échanger avec le designer a été un choc positif. J’ai soudainement réalisé que le vêtement pouvait avoir une fonction, qu’il était témoin d’une identité et d'une sensibilité. Cette rencontre a porté mon travail et guidé mes pas vers la haute couture. Mais cela n’explique pas tout, et j’ai également eu la chance de croiser de bonnes étoiles et pouvoir saisir de belles opportunités.

PSL : C’est en effet très rare de commencer par la haute couture….

YY : Oui et cela n’est pas tellement pragmatique ! (Rires) Cela nécessite de tels moyens, mais en me lançant avec quelques amis je n’en avais pas encore pleinement conscience. Avec le recul, je réalise que nous avons réussi car nous étions une bande d’acharnés qui prenions plaisir à inventer de nouvelles façons d’écrire le vêtement. A l’EnsAD nous avions développé nos talents créatifs sans recevoir un enseignement technique traditionnel. Nous n’étions pas formatés et cela a été une chance. La haute couture m’a attirée et fascinée car elle est le reflet d’une expression beaucoup plus personnelle, intime, plastique et qu’elle offre le privilège de pouvoir s’affranchir des règles.

PSL : Vous avez accepté d’être la marraine de la deuxième promotion de l’EnaMoMa. Pourquoi cette formation ?

YY : Car c’est une vraie hybridation, et j’aurais beaucoup aimé y être élève. Quel autre temps dans la vie avons-nous que les années d’école pour explorer son potentiel créatif, pour mener des recherches sans avoir à fournir un résultat quantifiable ? Pour moi l’EnaMoMa permet cette exploration quand elle invite ses étudiants à se confronter à d’autres métiers (marketing, textile, stylisme) à diversifier les approches (éco-conception, textile connecté...) C’est à la suite de ces rencontres que naissent les idées créatives.
 

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PSL : Quels savoirs essentiels une école de mode se doit-elle de dispenser ?


Il est indispensable qu’une école de mode sensibilise ses élèves à l’impact environnemental.


YY : La mode est devenue une industrie qui jette et consomme sans conscience de son écosystème, ce n’est pas tenable ! Il me semble indispensable aujourd’hui qu’une école sensibilise ses élèves à l’impact environnemental, et les incite à travailler collectivement pour se saisir des nouvelles opportunités. A l’heure où les défilés de mode sont diffusés en Insta live dans le monde entier, il ne s’agit plus de créer isolément, ou d’imaginer que son propre rayon d’action soit limité. Je crois beaucoup à une réflexion collective pour renouveler la mode eco-friendly, ou partir à la redécouverte de la culture des matières, de la qualité et du temps de fabrication… Beaucoup de sujets qui sont enseignés à l’EnaMoMa, n’est-ce pas ?

PSL :  Vous contribuez parfois à la réalisation d’œuvres artistiques (sculptures, danse...). Est-ce un conseil que vous pourriez donner aux étudiants de l’EnaMoMa ?

YY : Oui, bien-sûr, pour un créateur, il est très difficile de se régénérer à partir de soi uniquement, et il est vital de sortir, voyager, rencontrer les arts, visiter les incubateurs…
J’ai éprouvé ce besoin fort de sortir du cadre de la mode et j’ai eu la chance de travailler, entre autres avec des danseuses pour l’Opéra ou la danse contemporaine. Etre en relation notamment avec le spectacle vivant a donné une respiration à une architecture molle dans mon travail vestimentaire. Danseurs, danseuses s’expriment au travers de leurs corps, et au-delà de toutes les contraintes artistiques, j’ai été passionnée, marquée par ces rencontres. Nous nous retrouvions en tant qu’artistes à la recherche de ponts d’expressions.

PSL :  Vous allez accompagner les travaux des étudiants de l’EnaMoMa. Avez-vous des attentes particulières ?

yinqing yin en compagnie d'étudiants enamoma psl

YY : Je suis curieuse de rencontrer ces étudiants qui viennent d’horizons si différents. J’ai hâte d’entrevoir comment ils se définissent aujourd’hui, quel est leur travail, leur process créatif. Après tant d’années, avoir cette opportunité de transmettre est très inspirant et enthousiasmant.

L’EnaMoMa by PSL (Ecole Nationale de Mode et Matière)


Née de l’étroite collaboration entre trois établissements de l’Université PSL, l’EnsAD, MINES ParisTech et Paris-Dauphine, l’EnaMoMa offre une formation plurisdisciplinaire et internationale inédite, mêlant les apprentissages en style et création de mode (EnsAD), à une approche technique innovante de la matière (avec MINES ParisTech), ainsi qu’au marketing et à la compréhension de l’écosystème mode et de luxe (avec l’université Paris Dauphine).

 

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Ouverture des candidatures : du vendredi 22 février 2019 au vendredi 31 mai 2019 17h.