Dans AOC, des chercheurs de PSL expliquent comment l'ADN pourrait transformer la cryptographie
À l'heure où les futurs ordinateurs quantiques menacent les systèmes de chiffrement actuels, Matthieu Labousse (CNRS, ESPCI Paris – PSL) et ses partenaires publient dans AOC un article de vulgarisation consacré à une approche inédite de la cryptographie fondée sur l'ADN.
Accessible à un large public, cette contribution revient sur les principes de cette recherche interdisciplinaire et les perspectives qu'elle ouvre pour la protection des communications de demain.
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L'ADN comme clé secrète : quand la biologie moléculaire ouvre un nouveau terrain de jeu pour la cryptographie
Par Matthieu Labousse (CNRS, ESPCI Paris - PSL), Philippe Gaborit (Université de Limoges), Gouenou Coatrieux (IMT Atlantique), Yannick Rondelez (CNRS, ESPCI Paris - PSL)
A l'heure où les ordinateurs classiques et quantiques menacent de rendre obsolètes tous les systèmes de chiffrement actuels, où chercher les fondements d'une sécurité durable pour nos communications ?
Depuis que les êtres humains communiquent, ils cherchent à le faire en toute discrétion. César a sécurisé un des plus grands empires de l'histoire en décalant dans ses messages les lettres de l'alphabet de 3 positions. Ainsi VENI VIDI VICI aurait été chiffré ZHQM ZMGM ZMFM dans l'alphabet romain de 23 lettres du 1er siècle avant notre ère. Cela suppose que Jules César, qui envoie un message, et une réceptrice, disons Cléopâtre, possèdent un secret en commun : Jules César décale de trois lettres, Cléopâtre décale de trois lettres dans le sens inverse. Cette introduction est bien sûr un peu romancée pour motiver la lecture de la suite, mais elle introduit le concept clé de la cryptographie : le secret partagé.
Sept siècles plus tard, l'analyse de la fréquence des lettres — un A est plus fréquent qu'un Z par exemple— introduite par le mathématicien Al-Kindi, permet de casser ce type de code. L'avènement de l'informatique a révolutionné non seulement le besoin de chiffrement, mais également les techniques permettant de trouver les failles logiques dans les méthodes de chiffrement -la cryptanalyse -. Cela signifie que le chiffrement de César aurait été cassé en une fraction de secondes par un ordinateur de bureau.
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