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« L’égalité des chances et la question écologique sont devenues, jour après jour, des priorités communes, partagées » Claire Lasne Darcueil, directrice du CNSAD – PSL

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À l’occasion des 10 ans de l’Université Paris Sciences & Lettres, Claire Lasne Darcueil, directrice du conservatoire national supérieur d’Art dramatique – PSL, revient sur l’entrée de son établissement dans PSL, les grandes réalisations de ces dix dernières années et l’extrême solidarité entre les élèves, les chercheuses/chercheurs qui a permis de traverser la pandémie.

 

PSL : Il y a près de dix ans déjà, le Conservatoire rejoignait PSL. Quel regard portez-vous sur ce moment fondateur ?

Lorsque j’ai été nommée au Conservatoire en décembre 2013, le programme doctoral SACRe (Sciences, Art, Création, Recherche) existait depuis un an. C’était, dans l’école, la seule trace concrète de la relation à PSL. Le Festival « Accélérations » qui a lancé ce doctorat de recherche création a eu lieu au théâtre en 2012. Néanmoins, restait à construire la relation organique du Conservatoire à cette nouvelle aventure, le lien avec les élèves et l’équipe.
Il faut imaginer à quel point le monde de la connaissance académique et celui de la création et de la pédagogie en art dramatique sont historiquement fâchés, pour mesurer le travail d’harmonie qu'il y avait à mener. Ces deux mondes se regardent avec méfiance depuis si longtemps, avec bien sûr quelques brillantes exceptions. Ici l’esprit d’ouverture et le courage de Marc Mezard, alors directeur de l’ENS - PSL, ont joué un grand rôle.
Parallèlement, les écoles d’art présentes dans PSL se sont mises, sous l'impulsion de Marc Nicolas (alors directeur de La Femis), à dialoguer régulièrement. Marc et moi avons décidé de créer une semaine interdisciplinaire qui existe toujours, qui est un moment unique de liberté et d’échanges entre nos écoles, auquel se sont joints à présent les étudiantes et étudiants du CPES, l’ENSAD, et plus récemment l’ENS - PSL et l’Université Paris Dauphine - PSL. PSL a immédiatement décidé de soutenir cette initiative, et ce fut pour nous un signal fort pour la suite.
 

PSL : Quelles sont les principales réalisations académiques et artistiques qui ont marqué ces dix premières années pour le CNSAD dans PSL ?

L’expérience de SACRe, du Master « Jouer et mettre en Scène », et de la semaine inter-écoles, ont convaincu l’ensemble de l’équipe que la question d’entrer en tant qu’établissement composante avant même les résultats du jury Idex, devait être posée.

Outre la semaine évoquée plus haut, nous avons été marqués par l’engagement de PSL dans la création d’un cursus de 2e cycle, qui a vocation à présent à obtenir le grade de Master, et s’intitule «Jouer et Mettre en scène». L’enthousiasme de PSL pour cette expérimentation : imaginer une formation à la mise en scène qui parte de l’expérience de l’acteur et de l’actrice, le respect de notre liberté pédagogique, la fidélité dans cet accompagnement, ont continué de construire une confiance réciproque.
Nous étions très loin des craintes premières : nous étions respectés pour la singularité de notre enseignement, sa créativité, sans qu’il ne soit jamais question de nous enfermer dans des modèles artificiels. Pour autant, l’envie d’être « à la hauteur » sur le plan purement académique nous a fait questionner les trois cycles d’enseignement, instiller peu à peu la Recherche dès le premier cycle, et revendiquer l’aller-retour entre pratique et réflexion qui est la base du doctorat SACRe.  
Sur le plan institutionnel, les peurs étaient grandes et légitimes, pour un établissement comme le nôtre, certes prestigieux, mais de taille et de budget modestes, de ne pas être en mesure de répondre aux sollicitations d’une structure aussi impressionnante que PSL, d’être noyé dans un modèle trop grand pour nous, et sous une charge de travail trop importante.
Pourtant, les trois expériences citées : Sacre, le Master « Jouer et mettre en Scène », la semaine inter-écoles, ont convaincu l’ensemble de l’équipe que la question d’entrer en tant qu’établissement composante avant même les résultats du jury Idex, devait être posée.
Nous nous la sommes posée, longuement, collectivement, et sont apparus également les engagements exemplaires de nos responsables de Bibliothèque, de notre service de Communication, et finalement la lecture attentive, ligne par ligne, des statuts proposés par les représentantes et représentants du personnel qui ont fourni un travail minutieux, pour arriver, à l’unanimité, à prendre la décision de l’aventure à part entière dans l’université.
C’est une décision que nous n’avons jamais regrettée. La pandémie, et pendant la pandémie, l’extrême solidarité et attention de l’université à tous ses élèves, aux chercheurs et aux chercheuses, nous a encore rapprochés. C’est sans aucun doute, dans tous les domaines qui seraient trop longs à développer ici, grâce à notre appartenance à PSL que nous avons pu traverser cette crise en prenant soin de chacune et chacun comme nous nous l’étions promis.
Enfin, l’égalité des chances et la question écologique sont devenues, jour après jour, des priorités communes, partagées.
Tout ceci fait qu’aujourd’hui nous sommes fiers et heureux de notre choix.
 

PSL : Quels sont, selon vous, les grands enjeux qui attendent PSL et le Conservatoire lors des dix prochaines années ? 

Avec un tel potentiel, il se peut que dans vingt ans persiste le sentiment que tout reste à faire. L’extraordinaire qualité des établissements réunis ouvre des perspectives infinies : s’il faut choisir, je dirais que le rapprochement concret des sciences dures et de l’art est une source de rêve, d’espoir, de découvertes, qui j’en suis sûre, agiront sur notre Monde de manière durable.
Puisqu’il s’agit, semble-t-il, de le sauver, et que l’héritage laissé aux plus jeunes ne peut nous réjouir, la réunion de ces forces scientifiques de l’imagination est une raison majeure d’espérer. La réparation d’injustices sociales dans l’accès aux hautes études en est une autre :  agir sur les recrutements dans ces établissements, c’est agir sur l’ensemble de notre société, et les récits qu’elle porte.

 

PSL, 10 ans déjà

PSL célèbre cette année son dixième anniversaire. À l’occasion de cet événement, nous vous proposons de revenir sur quelques temps forts de ces dix dernières années — grands projets scientifiques, formations nouvelles, offre de services accrue et diversifiée, visibilité internationale — en mettant l’accent sur les forces vives de nos établissements.

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